Il y a trois ans : échec du référendum sur le Conseil Unique d’Alsace

Il y a trois ans : échec du référendum sur le Conseil Unique d’Alsace

Le 7 avril 2013 est une date qui a marqué l’Histoire moderne de l’Alsace, y compris dans ses conséquences futures qui n’avaient alors pas été envisagées.

Par voie référendaire, les Alsaciens avaient été consultés pour répondre à la question suivante :

« Approuvez-vous le projet de création, en Alsace, d’une Collectivité territoriale d’Alsace, par fusion du Conseil régional d’Alsace, du Conseil général du Bas-Rhin et du Conseil général du Haut-Rhin ? »

Ce référendum, fruit de la volonté politique de Philippe Richert, alors Président du Conseil Régional d’Alsace, était l’aboutissement de plusieurs décennies de réflexions inabouties sur la fusion des collectivités alsaciennes. Il n’avait été possible qu’au terme de négociations serrées avec Charles Buttner, alors Président du Conseil Général du Haut-Rhin, les trois assemblées alsaciennes (Région et Départements) devant se prononcer sur le même texte pour pouvoir enclencher la procédure référendaire d’initiative locale.

Étaient favorables au projet : l’UMP, les Verts, le PS68, l’UDI, Unser Land, Alsace d’abord

Étaient opposés : le FN, Debout la République, le Front de Gauche, le PS67

Les conditions de succès du vote étaient particulièrement drastiques : il fallait que les électeurs de chaque département approuvent le projet, mais également que dans chaque département le vote OUI représente au moins 25% des électeurs inscrits.

De surcroît, la défiance des élus haut-rhinois laissait redouter des difficultés dans ce département : le « oui » de Charles Buttner semblait relativement insincère et prononcé du bout des lèvres, tandis que le maire de Colmar Gilbert Meyer avait laissé planer la menace d’une centralisation de l’Alsace autour de Strasbourg et un dépouillement de Colmar de sa Préfecture et autres services administratifs.

Avant le référendum, c’est précisément sur le taux de participation que les inquiétudes des partisans du OUI se portaient. Ces inquiétudes n’étaient au demeurant pas infondées : rares ont été les communes où le taux de participation a été supérieur à 50% (quelques villages), tandis que dans les villes l’abstention atteignait des records (dans les quartiers à forte population immigrée, l’abstention dépassait les 90% dans certains bureaux de vote strasbourgeois ou mulhousiens comme à Hautepierre ou Brossolette).

Au final, le résultat de référendum donna un résultat paradoxal : 57% des Alsaciens s’étaient prononcés en faveur du projet, mais avec une majorité de NON dans le Haut-Rhin (55%). Malgré le franc succès du OUI dans le Bas-Rhin (67%), le seuil d’inscrit de 25% n’était de toutes façons pas atteint (22%).

Référendum Alsace 2013 - votes exprimés

Les suffrages exprimés ont laissé apparaître « deux » Alsace totalement opposée sur le projet de Conseil Unique

À peine un an après cet échec, le gouvernement Valls proposait en avril 2014 un projet de réforme de la carte territoriale, avec une fusion des régions Alsace et Lorraine (à laquelle sera ultérieurement ajoutée la Champagne-Ardenne). Initialement favorable au projet, Philippe Richert finira par s’y opposer.

Outre le redécoupage des régions, l’échec du référendum a également eu des conséquences dans la vie politique de l’Alsace. Il a notamment amené au divorce entre le Front National et Patrick Binder (contraint par les instances nationales du FN à se prononcer contre le référendum alors qu’il était initialement favorable), ainsi qu’à la sortie de Charles Buttner du Conseil Général du Haut-Rhin à l’occasion des élections départementales de mars 2015, l’UMP ayant choisi de soutenir un autre candidat dans son canton.

Un commentaire

Répondre

Votre adresse email ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont marqués d'une étoile *

*