[Interview] Animalsace : « Il faut interdire l’abattage en général »

[Interview] Animalsace : « Il faut interdire l’abattage en général »

Cyril, de l’association Animalsace, a aimablement répondu à nos questions. Actions, financement, positions sur l’abattage éthique ou encore l’abattage rituel, nous vous proposons une interview de ce groupe qui se fait entendre en Alsace. Le débat est ouvert !

Alsace Actu – Pouvez-vous présenter en quelques lignes votre association (objectif, membres, création…) ?

Cyril – Animalsace est une association de droit local fondée en 2009. Nous militons pour une société qui n’exploite plus les animaux et à ce jour, nous avons exactement 112 membres, et près de 9000 abonnés sur Facebook.

Logo Animalsace

Logo Animalsace

Nous allons à la rencontre du public sur le terrain afin de lui apporter des informations et de le sensibiliser au sort des animaux exploités pour notre alimentation, nos divertissements, notre habillement ou nos expériences, et nous faisons la promotion d’une alimentation végétalienne.
Nous œuvrons auprès des pouvoirs publics, associations ou entreprises pour améliorer le traitement des animaux.

AA – Comment vous financez-vous ?

C – Nos ressources proviennent uniquement de dons et de cotisations, ainsi que de quelques ventes (tee shirts et badges).

AA – Parlons de choses positives, avez-vous déjà obtenu une victoire, une avancée, grâce à votre action ? 

C – Nous contactons des communes alsaciennes pour qu’elles n’acceptent plus l’installation des cirques qui détiennent des animaux. Rixheim est notre dernière victoire. Cette ville de 14 000 habitants est la quatrième d’Alsace, après Illkirch, Truchtersheim et Gougenheim à dire non à ces spectacles cruels.
Nous agissons pour la fermeture d’un des plus grands commerces de singes d’Europe à destination des laboratoires, installé à Niederhausbergen, près de Strasbourg. C’est l’Université de Strasbourg qui, au travers d’une association écran, organise cette activité qui consiste à importer, à détenir, à vendre des singes à des laboratoires et même à réaliser des expériences mortelles sur place. Avec le Comité scientifique Pro Anima, nous avons organisé des manifestations importantes depuis 2015, des actions médiatisées, lancé une pétition (bientôt 140 000 signataires), un site d’information en trois langues, et nous finançons plusieurs actions en justice qui pourraient aboutir à la fin du calvaire pour ces animaux. Alors qu’avant notre mobilisation, personne n’avait entendu parler de ce centre, aujourd’hui nous avons touché des dizaines de milliers de personnes et la structure à la tête de ce sordide commerce est en cours de dissolution et d’intégration à l’Université de Strasbourg. Nos actions ont même contribué à ce qu’une enquête judiciaire pour abus de confiance et autres détournements vise l’actuel président de l’université et principal responsable du commerce de singes.
Depuis notre création nous avons touché des milliers et des milliers de personnes lors de nos actions et en ligne (notre dernière vidéo sur le massacre des coyotes pour les doudounes Canada Goose a été visionnée plus d’un million de fois !). Nous avons contribué modestement à ce qu’aujourd’hui, la cause animale soit devenu un sujet central et légitime.

Photo Animalsace

Photo Animalsace

-Que pensez-vous de l’AFAAD (Association en faveur de l’abattage des animaux dans la dignité ) ou d’autres initiatives visant à promouvoir un abattage plus éthique ?

C – Je ne connaissais pas cette association avant que vous me posiez la question. Il me semble contradictoire de vouloir abattre dans la dignité. Il y a effectivement des façons plus ou moins atroces de procéder, mais enlever la vie à un être sensible et conscient sera toujours une violence.
Je comprends que des associations œuvrent pour limiter l’horreur du massacre de masse que nous infligeons aux animaux (en France, on tue presque 3 millions d’animaux terrestres par jour ainsi que des centaines de milliers de poissons). Mais le plus logique ne serait-il pas d’arrêter de les tuer ? Rien ne nous oblige à continuer à suivre cette voie alors qu’il existe tellement d’alternatives pour notre alimentation et notre habillement.

-Question qui découle de la précédente, quelle est votre position sur l’abattage rituel ?

C – L’abattage rituel, c’est-à-dire sans étourdissement, inflige d’immenses souffrances aux animaux. Les animaux mettent plusieurs secondes, voire plusieurs minutes notamment dans le cas de bovins pour mourir en se vidant de leur sang. Il faut évidemment interdire l’abattage sans étourdissement.
Il faut également interdire l’abattage en général qui est toujours un acte d’une grande violence. Les nombreuses enquêtes de L214 dans les abattoirs français se suivent et se ressemblent. Pour beaucoup de nos concitoyens, les images sont tout simplement trop insupportables pour les regarder jusqu’au bout.
Que l’on pense aux cochons. Après avoir connu l’horreur de l’élevage intensif pour l’immense majorité d’entre eux (95 %) – castrés et mutilés sans anesthésie, enfermés à vie dans des élevages surpeuplés sans jamais voir la lumière du jour ni pouvoir courir – et avoir été entassés et transportés pendant des heures voir des jours dans des camion, en pleine chaleur ou dans le froid de l’hiver, ils sont déchargés à l’abattoir. Là, les survivants attendent terrifiés dans des couloirs de la mort puant le sang et les entrailles que l’on vienne les tuer. 4 millions d’entre eux sont gazés au CO2 chaque année en France : parqués dans des nacelles qui descendent dans un puits, ils s’asphyxient lentement et hurlent de détresse et de douleur, se jetant désespérément contre les parois du piège mortel pour tenter de trouver de l’air. On pourrait parler des poulets, qui sont des millions à être égorgés voire ébouillantés vivants car la technique « d’étourdissement » ne fonctionne pas.
Un de nos adhérents, Jean-Luc Daub, a été enquêteur dans les abattoirs pendant 15 ans. Il a écrit ce livre unique en son genre, à la fois d’une grande sobriété et d’une grande violence, « Ces bêtes qu’on abat ». Au fil des pages, on découvre avec effroi comment fonctionne cette grande machine à tuer que sont les abattoirs. L’abattage rituel n’est malheureusement que l’une des horreurs de ce tableau cauchemardesque.

Photo Animalsace

Photo Animalsace

-Quelles seront vos actions pour 2018 ?

C – Nous venons de lancer une campagne, Assiettes Végétales, pour introduire des options végétaliennes quotidiennes dans les restaurants universitaires. Les ingrédients d’origine végétale sont de loin les plus respectueux de l’environnement et des animaux, et ils permettent aussi d’accueillir tous les usagers sans soulever de questions religieuses. En effet, absolument tout le monde peut manger végétalien. En quelques semaines, nous avons déjà récolté 1300 cartes pétitions signées par les étudiants et étudiantes que nous sommes allés rencontrer à midi devant les restaurants universitaires à Strasbourg. Nous allons rencontrer les responsables du CROUS de Strasbourg prochainement pour avancer sur la question et leur remettre les signatures.

L’équipe d’Alsace-Actu remercie Cyril d’Animalsace pour les réponses fournies. 

Répondre

Votre adresse email ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont marqués d'une étoile *

*