[Interview] L’avenir du recrutement, l’intelligence artificielle et les réseaux sociaux : un expert vous dit tout ! (2/2)

[Interview] L’avenir du recrutement, l’intelligence artificielle et les réseaux sociaux : un expert vous dit tout ! (2/2)

Cet article est la suite de l’interview que nous a accordé Vincent Dupond, recruteur dans une multinationale. Les questions sont plus tournées vers la prospective : que sera le monde du recrutement, de l’emploi en général, dans quelques années ? Loin d’être une question anecdotique, c’est un enjeu déterminant pour la société dans laquelle nous vivrons demain.

Le personal branding (marketing de soi-même) est-il le signe d’une ubérisation du recrutement ? Moins d’intermédiaires, fonctionnement par réseaux sociaux, réseau davantage valorisé que les compétences… ?

Vincent Dupond : Oui et non. Non dans la mesure où le Personal Branding a toujours existé, le réseau n’a pas été inventé hier, il a toujours été question de mettre en valeur ses compétences. Par exemple, il s’agissait de votre savoir-être, de votre éducation, de votre culture,…

Le développement du recrutement sur les réseaux sociaux a accru ce Personal Branding. Il y a des traces de toute notre activité sur Internet, on se fait une sorte de réputation numérique, mais qui a des influences sur la vie réelle. On peut même assister aujourd’hui à des candidats à fort Personal Branding grâce au nombre de followers sur Twitter ou au nombre de relations et de publications sur Linkedin. Rien de nouveau à ce niveau-là, c’est toujours du marketing de soi-même, du réseau, de la mise en valeur de ses compétences.

Oui dans la mesure où les réseaux sociaux ont réduit le nombre d’intermédiaires dans le recrutement. Comme évoqué un peu plus haut, les candidats n’hésitent pas à aborder directement les recruteurs sur leur profil personnel. Les règles du recrutement ont changé, et certains personnes se sont engouffrées dans cette brèche. Un bon exemple, sur Linkedin il n’y a que des CEO, tout le monde est chef d’entreprise, tout le monde est entrepreneur, tout le monde est également recruteur. Recruter, ce n’est pas publier une annonce avec des smileys et en mettant en avant « une ambiance trop cool ». Recruter c’est:

– Analyser les besoins: identifier les missions du poste, le profil recherché, sa position hiérarchique, le type de contrat, la rémunération, définir exactement le poste et les compétences recherchées

– Recruter: Publier une annonce, analyser les candidatures reçues, faire un tri, faire un ou des entretiens, soumettre le candidat à des tests, et surtout, faire un choix.

– Intégrer le candidat: l’accueil déterminant du premier jour, la formation, le tutorat, l’intégration à l’organisation, la période d’essai.

Le relation professionnelle entre le recruteur et le candidat tend à disparaître avec les réseaux sociaux. Les échanges sont informels. En fait, le recrutement via les réseaux sociaux est à l’image des réseaux sociaux, en s’adressant à tout le monde, on s’adresse à n’importe qui.

Selon moi, on assiste à ce niveau-là, à une ubérisation du recrutement qui conduit à une dégradation du professionnalisme dans le recrutement et donc une dégradation de la qualité du service.

Quel sera l’avenir du recrutement ?

Vincent Dupond : Dans un premier temps, je pense que le recrutement se fera de manière encore plus dématérialisée, c’est-à-dire, fini le CV et la lettre de motivation papier. L’avenir sera des bases de données de plus en plus complexes qui faciliteront grandement la recherche du profil qui correspond à nos attentes.

De plus, l’intelligence artificielle interviendra davantage dans le processus de recrutement, en aidant notamment les recruteurs dans le sourcing et la pré-sélection. Certaines entreprises l’utilisent d’ores et déjà, notamment des banques, où le candidat se voit poser des questions par l’ordinateur et a un temps imparti pour y répondre.

Bien évidemment que ce n’est pas fiable à 100%, que c’est plus contraignant pour le candidat qui ne peut pas se rater, mais comme l’entreprise est dans un soucis de productivité, cet avenir dématérialisé du recrutement permet d’économiser du temps et donc de l’argent.

Question provocatrice : on dit souvent d’un candidat qu’il doit « se vendre », le marché de l’emploi est-il un grand marché de la prostitution ?

Vincent Dupond : Au sens strict du terme, la prostitution est l’échange de faveurs sexuelles contre de l’argent; il ne s’agit pas de cela dans le recrutement.

Dans le recrutement, le candidat se vend tout comme l’entreprise se vend. En effet, ce n’est pas le tout de recevoir des candidatures, il faut aussi savoir attirer les candidats, et donc mettre en avant les points forts de notre entreprise.

De plus, on se vend pour d’autres choses dans la vie, que ce soit le commercial pour vendre son produit, ou bien le jeune homme lors d’un rendez-vous. Il est plutôt normal de se vendre pour mettre en avant ses compétences et ses points fortes. A l’inverse, se dénigrer ne fait pas vraiment avancer. Le tout est de rester juste.

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