[Interview] « Si je ne m’étais pas tourné, j’aurais pris le projectile dans l’œil »
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[Interview] « Si je ne m’étais pas tourné, j’aurais pris le projectile dans l’œil »

Suite à la manifestation des Gilets Jaunes à Strasbourg samedi 12 janvier, de nombreuses réactions sont apparues concernant les violences policières. Le cas de Lilian, un jeune de 15 ans, blessé alors qu’il ne manifestait même pas a été massivement relayé. Toutefois les dégâts ne s’arrêtent pas à ces cas graves et hypermédiatisés.

Robin, un jeune homme venu participer au cortège des Gilets Jaunes, a fini la journée à l’hôpital. Nous l’avons interviewé pour mieux comprendre les faits. Son cas est sans doute similaire à celui de centaines de Français, légèrement blessés durant les manifestations, et c’est pourquoi il est important de le comprendre.

Propos recueillis par Thibault Fontannes

Alsace-Actu : Pouvez-vous nous faire une rapide description de la manifestation ?

Robin : C’était une manifestation bon enfant, quelques slogans sont repris, la Marseillaise aussi. Tout le monde y est, des femmes, des hommes, des enfants, des personnes en fauteuil roulant, des jeunes, des personnes âgées…etc. Durant tout le trajet jusqu’au Parlement Européen, puis jusqu’aux Halles, il n’y a eu aucune casse de la part des gilets jaunes ou même la moindre provocation.

Quelques pétards explosent mais jamais sur la police, toujours loin de tout le monde. C’est arrivé près des Halles que ça a commencé à dégénérer, après que la police a commencé gazer et charger sans aucune raison apparente. Ensuite c’est rue du Faubourg de Saverne que tout a vraiment dégénéré, suite à un énième gazage de la part des policiers.

Un barrage policer nous bloquait l’accès au centre-ville. Nous nous sommes mis devant eux sans aucune arme, il y avait des femmes, des personnes âgées, certains ont même tenté de parler avec certains CRS puis, sans raison, les CRS se sont mis à provoquer en poussant puis nous ont gazé avec un gaz bien plus fort que celui utilisé à Paris, et nous ont finalement chargé.

AA :  Selon vous, les policiers sont-ils les responsables des débordements de samedi ?

Robin : Totalement. Ils ont gazé des femmes et des personnes âgées près des halles alors qu’ils n’étaient absolument pas dangereux. Personne n’a tenté de forcer le barrage, personne n’a jeté de projectile, il n’y a pas eu de provocations de notre côté jusqu’à ce qu’ils se mettent à charger et gazer.

Photo de la tempe de Robin

Photo de la tempe de Robin

AA : Vous avez été blessé samedi, pouvez-vous nous en dire plus sur les faits ?

Robin:  Effectivement j’ai été blessé samedi. J’étais rue du Faubourg de Saverne à une trentaine de mètre du barrage de police et des gilets jaunes qui s’étaient rapprochés du barrage. De loin, je voyais que les CRS gazaient et étant avec ma copine je suis donc resté en retrait. Nous sommes restés quelques minutes à une trentaine de mètres et ensuite les CRS ont utilisé des grenades lacrymogènes. Les gilets jaunes sont donc partis en courant dans notre direction.

À ce moment on ne voyait plus les CRS à cause du nuage de gaz lacrymogène. J’ai donc décidé de partir pour éviter le gaz et c’est en me retournant que j’ai été touché à la tempe par un flashball ou autre projectile tiré à l’aide d’un lanceur. J’ai immédiatement perdu conscience et lorsque je suis tombé une grenade assourdissante (160dB mesurés a 10 mètre) a explosé à quelques mètres de moi. J’ai rapidement été mis à l’abri par d’autres gilets jaunes et me suis immédiatement fait conduire aux urgences.

J’en suis sorti avec un traumatisme crânien, 2 jours d’arrêts maladie, et un rdv en urgence chez l’ORL suite à des problèmes aux tympans (perte d’audition importante à cause du bruit). Malgré cela je suis très chanceux car si je ne m’étais pas tourné à ce moment là, j’aurais pris le projectile dans l’œil. Je n’ai pas grand chose à ajouter sur les violences policières, elles ont lieu dans chaque manifestation des gilets jaunes et sont à chaque fois les mêmes (tir de flashball en plein visage, gazage sans raison, passage à tabac,…). Les violences policières qui ont eu lieu samedi à Strasbourg ne sont qu’un copié collé de ce qui se passe tous les samedis partout en France.

 

AA : Le ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner, estime « qu’aucun policier n’a attaqué les Gilets Jaunes ». Qu’en pensez-vous après votre expérience de samedi ?

Robin : Je pense que Castaner devrait un peu sortir et voir le monde réel. J’ai été à Paris, j’ai été a différentes actions des gilets jaunes et je n’ai jamais vu un gilet jaune attaquer un policier sans que ce-dernier n’attaque un autre gilet jaune. Ce que j’ai vu c’est de la défense face à un abus de pouvoir. Ce que j’ai vécu à Strasbourg samedi dernier est un énième exemple de cet abus de pouvoir. Pourquoi tirer à l’aveugle dans un nuage de gaz lacrymogène à hauteur de tête ?

Lorsque l’on regarde les profils des personnes mutilées, éborgnées ou passées à tabac par les CRS, on remarque que ce sont très rarement voir jamais des casseurs. Sa déclaration est inutile et ne fait qu’augmenter les tensions.

 

Lire aussi : [Strasbourg – Gilets Jaunes] « Les policiers ont tout fait pour que ça dégénère »

Un commentaire

  1. acte X Strasbourg: bof! on se serait cru a un defile de la CGT. sans parler des slogans. d une tristesse! avant meme le depart j ai pris le large Strasbourg merite mieux que ca!

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