La grand-messe de Michel Deneken, le prosélytisme s’invite à l’université de Strasbourg
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La grand-messe de Michel Deneken, le prosélytisme s’invite à l’université de Strasbourg

Un article d’Aurore Bonnel

Dans un communiqué du 9 décembre, des syndicats universitaires dénoncent l’engagement religieux de Michel Deneken incompatible avec ses fonctions de président d’une université publique. S’adressant à Madame le recteur de l’Académie de Strasbourg et à Madame le ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation, ces syndicats (SNESUP-FSU, SNCS-FSU, SNPREES-FO, SupAutonome-FO, Sud Education Alsace) militent pour un strict respect des principes de neutralité et de laïcité à l’Université de Strasbourg.

Les principes de la fonction publique autorisent en effet une liberté d’opinion religieuse mais imposent une obligation de neutralité qui se traduit par une interdiction de manifester ses opinions dans l’exercice de ses fonctions. Or, Michel Deneken était bien annoncé en sa qualité de président d’université pour célébrer une messe le 9 décembre dans le cadre d’une réunion de l’Association des Anciennes et Anciens Elèves de Notre-Dame de Sion à Strasbourg.

Capture d'écran du site de l'Association des Anciennes et Anciens Elèves de Notre-Dame de Sion à Strasbourg

Capture d’écran du site de l’Association des Anciennes et Anciens Elèves de Notre-Dame de Sion à Strasbourg

Michel Deneken, prêtre catholique, semble particulièrement actif dans l’exercice du culte : célébration de messes, formation diocésaine, etc. Ses rôles de doyen et professeur de la faculté de théologie catholique, puis de vice-président et président l’université de Strasbourg ne semblent pas avoir modifié son comportement religieux. Il cite même saint Thomas d’Aquin, dont il se revendique, en disant dans une interview accordé à l’Alsace en avril, qu’il serait « impensable de séparer la foi et la raison ».
En juste cause on peut s’interroger : pour un pratiquant convaincu, la religion influe sa manière de vivre au quotidien alors comment séparer ses convictions et ses fonctions ?

Il est vrai que la religion a en Alsace une place particulière, reliquat du Concordat de 1801. Certaines règles  s’appliquent encore en Alsace et en Moselle. Parmi celles-ci : la reconnaissance officielle de l’État qui subvient à une partie des besoins religieux, en particulier en rémunérant les ministres du culte et la présence d’un enseignement religieux obligatoire dans l’école publique. En contrepartie de ces avantages, l’État conserve un droit de regard sur l’organisation des cultes.

En Alsace et en Moselle, quatre cultes sont officiellement reconnus par l’État : catholique (diocèses de Strasbourg et Metz), luthérien (Église protestante de la Confession d’Augsbourg d’Alsace et de Lorraine, Epcaal), réformé (Église protestante réformée d’Alsace et de Lorraine, Epral) et israélite (consistoires de Strasbourg, Colmar et Metz).
Le régime concordataire ne prend en compte que les religions présentes en Alsace-Moselle au XIXe siècle.
En sont donc exclues d’autres confessions historiquement non européennes comme l’islam et le protestantisme évangélique.
Si ces cultes non reconnus ne disposent pas d’un statut officiel, ils peuvent toutefois bénéficier du régime d’association cultuelle. Rien n’empêche donc les cultes non reconnus de se constituer en associations à but cultuel. Sans disposer de tous les droits des cultes reconnus, ces associations peuvent bénéficier de subventions publiques en toute légalité, la loi de séparation des Églises et de l’État de 1905 n’étant pas en vigueur en Alsace-Moselle.

Ainsi la mosquée Arrahma a été officiellement inaugurée en mai 2017 par le maire de Strasbourg Roland Ries, des responsables religieux et d’une délégation qatarie. La surface totale de 2000 m² est repartie entre la mosquée, le centre culturel et le parking. Cette mosquée est la troisième nouvellement construite à ouvrir dans la capitale du Grand Est, après la Grande Mosquée en septembre 2012 et celle de la Robertsau en juin 2015. D’autres projets sont en cours.

Alors, pour ou contre l’abolition du Concordat ?

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