L’alsacien, une langue riche de mille cinq cents ans d’histoire

L’alsacien, une langue riche de mille cinq cents ans d’histoire

Un plaidoyer de Richard von Steinbach

La politique de mondialisation actuelle voudrait que les régions disparaissent au profit des pays, voués eux aussi à être englobés uniformément dans une Pangée multiculturelle et pleine de diversité. Face à ce sombre destin, il se trouve des traditions, des singularités régionales qui résistent encore et toujours à l’envahisseur. L’un des plus forts signes d’appartenance à une terre reste la langue régionale. Si l’on observe un déclin toujours plus accentué de celles-ci, certaines ont la vie dure, et l’alsacien est l’une d’entre elles.

Une origine très ancienne

Historiquement, l’alsacien peut être approximativement séparé en deux dialectes distincts : l’alémanique et le francique. La distinction entre ces deux langues remonte au Ve siècle lorsque l’Alsace fut envahie consécutivement par deux peuples germaniques : les Alamans, qui s’installèrent dans toute l’Alsace, puis les Francs. C’est à cette époque qu’un certain Clovis, roi des Francs, battit les Alamans. Une cohabitation s’installa alors, les Francs prenant possession du Nord de l’Alsace.
On trouve donc un parler proche de l’alémanique dans les villages situés au sud de l’Outre Forêt (ndlr : région naturelle située à l’extrême nord de l’Alsace) ; le francique est plus usité au Nord de celle-ci. Par ailleurs ces deux dialectes dépassent les frontières de l’Alsace, et sont aussi présents dans les pays alentour. On les retrouve dans certaines régions d’Autriche et de Suisse, au Luxembourg et au Liechtenstein, et bien sûr en Allemagne. Il faut bien évidemment garder à l’esprit qu’à l’époque ces pays n’existent pas encore et que leurs frontières ont été bien différentes que celles que nous connaissons actuellement…

Une langue proche de l’allemand

Importée par des peuples germaniques, cette langue est donc proche de l’allemand, et cela se remarque beaucoup à l’oreille. On remarque aussi beaucoup de similarités grammaticales entre les deux langages, telles les déclinaisons, la place du verbe dans la phrase ou le pronom neutre de la troisième personne du singulier. Néanmoins il ne faut pas croire que l’alsacien descend de l’allemand ; au contraire, l’allemand n’émergea qu’à l’aube du XVe siècle, soit plus d’un millénaire après l’alémanique et le francique.

Un déclin inexorable

Lors de ce même XVe siècle, l’alsacien est encore parlé par tous, et il résiste contre vents et marées aux annexions et reconquêtes de l’Alsace lors de la guerre de 1870, puis des deux guerres mondiales. Hélas, au sortir de la Deuxième Guerre mondiale, les autorités françaises veulent que les langues régionales disparaissent au profit du français. La propagande française qui en découle amorce donc la chute de l’alsacien. Si, en 1950, 80% des Alsaciens parlent encore la langue régionale, ce chiffre ne fera que décliner par la suite, notamment à cause de l’irruption de la télévision dans la vie familiale au début des années 1960. En effet, celle-ci ne diffuse quasiment que des programmes nationaux diffusées en langue française ; les familles vissées devant l’écran en viennent petit à petit à ne plus pratiquer la langue de leur pères.

Mais il reste de l’espoir

Il est néanmoins bien trop tôt pour enterrer une langue vieille de plus de quinze siècles. En effet, aujourd’hui, l’alsacien reste la troisième langue autochtone la plus parlée en France après le français et l’occitan. Une lueur d’espoir persiste donc pour cette magnifique langue, lueur alimentée notamment par une loi de 2008 inscrivant dans la Constitution que  « les langues régionales appartiennent au patrimoine de la France ». Même si cette langue ne devait être que minoritaire en Alsace, – tout comme les langues régionales, mises en marge du paysage culturel actuel, le sont ou le deviennent partout en Europe -, soyons donc fiers de la faire perdurer, de conserver cette singularité. Faisons nôtre ce proverbe alsacien qui dit « Nùmme d’tote Fisch schwimme mit’m Strom » c’est-à-dire : « Seuls les poissons morts nagent dans le sens du courant ! »

Lexique

— Bon appétit. — Merci, bon appétit à vous aussi = — E gueter… — E bessere ! (un bon… un meilleur)
— Je vous prie de bien vouloir m’excuser d’avoir malencontreusement marché sur votre pied : Hopla !
— Oui, bien sûr.  [ou] — Bien sûr que non. = — hein-hein (la bonne l’intonation est primordiale)
— Je serais fort aise que vous ayez l’obligeance de répéter ce que vous venez de dire car je n’ai pas bien oui votre propos ? » = — Hein ?
— Au revoir la compagnie ! = — Salû bissame!
— Merci beaucoup = — Merci vielmols! (parfois l’Alsacien truffe son discours de mots français)
— Tchin-tchin = — S’gilt!

Un commentaire

  1. Bi üns wòrd elsassisch geret ùn as soll sò widersch gehn !

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