Le sport, cette arme politique

À la veille des Jeux Olympiques de Rio et suite aux scandales relatifs à la suspension de nombreux sportifs russes, y compris pour certains n’ayant rien à se voir reprocher individuellement, nous vous proposons cette réflexion initialement publiée sur le site du think-thank géopolitique Katehon.

 

Les événements sportifs internationaux sont des rendez-vous politiques comme peuvent l’être les expositions universelles. Les équipes du monde entier arrivent au stade avec leurs couleurs nationales. On chante les hymnes, on s’affronte pacifiquement, on présente les pays et les cultures. Et en cas de victoire, la cote de popularité d’un Etat peut augmenter, que ce soit sur le plan interne ou en dehors de ses frontières.

Pour Joseph Nye, le sport est un des outils du « soft power ». C’est l’occasion de prouver sa force. Une équipe victorieuse est la preuve d’une préparation – quasiment à l’échelle générationnelle – et donc d’une capacité d’investissement. Une victoire implique un entrainement, donc des équipements, donc des investissements technologiques. Elle atteste aussi de la mobilisation de sa population, car les sportifs sont avant tout des ambassadeurs du peuple.

C’est aussi et surtout le cas pour le pays d’accueil qui peut améliorer son image sur la scène internationale comme ce fut le cas à Sochi en Russie pendant les Jeux Olympiques d’hiver de 2014. Il démontre son aptitude à construire, souvent en un temps donné, des installations modernes, et donc sa capacité de mobiliser et d’innover. Une compétition sans fausse note est le signe d’une nation en bonne santé.

C’est pourquoi, comme les sportifs, les politiques sont attentifs aux partenaires comme aux adversaires. Сe n’est pas un hasard si le scandale du dopage de certains sportifs russes a éclaté, bien que ce phénomène touche les professionnels du monde entier. Les russes n’ont pas le monopole des défauts. Pour l’Ouest, il est important de porter atteinte à l’image de la Fédération de Russie puisque les sanctions économiques n’ont pas eu les effets escomptés. Moscou est décidé à ne pas reculer devant les pressions politiques et économiques ? On le lui fera donc payer d’une autre façon. Il faut rappeler que c’est le « New York Times » qui a révélé l’affaire de dopage russe. Ce média a la réputation de servir de tribune à la pensée globaliste et on peut deviner logiquement qui sont les commanditaires de ces accusations. Cette affaire rejoint la longue liste des pressions sur la Russie dans le domaine du sport. Le scandale organisé autour de l’attribution de l’organisation de la coupe du monde de football de 2018 à la Russie est toujours d’actualité. « Il n’y a rien de plus difficile à perdre que la force de l’habitude. »

Si la Russie est souveraine dans bien des domaines, il y a des cas, dans le cadre international, où il faut se soumettre au consensus diplomatique. Parfois, il y a des échecs, sur les questions qui touchent directement les intérêts russes, mais aussi sur des questions plus larges comme par exemple l’ONU qui se fait le relais des revendications du lobby gay. Et quelques fois, heureusement, des individus éclairés ont le dernier mot.

С’est le cas du président du CIO, Thomas Bach, occupant ce poste depuis 2013 et qui a mis fin au scandale du dopage russe. L’équipe russe ne sera pas écartée des compétitions de Rio de Janeiro. Les fédérations sportives prendront elles-mêmes les décisions à titre individuel. Bach a préféré une décision juste qui permet de séparer les sportifs « propres » et les dopés, les premiers ayant la possibilité de prouver leur bon droit.

Bien que, de fait, la sélection russe soit désormais plus restreinte, la possibilité d’occuper l’espace politique que sont les jeux olympiques est maintenue – hymne, drapeau, patriotisme et possibilité de remporter une victoire dans les différentes disciplines sportives.

Certains ont pu voir une position pro-russe de la part de Bach, puisqu’il s’est opposé aux ordres des États-Unis. En fait, Bach a préféré maintenir l’ordre souverain du sport international.

Oui, comme en politique, il y a eu de nombreux scandales dans l’Histoire des jeux olympiques. Mais s’il faut soulever les tricheries de la part des sportifs et de leur encadrement, il faut le faire de façon impartiale et objective. Autrement, ayant eu gain de cause une fois, et comme le droit occidental implique la règle du précédent (« Stare Decisis »), particulièrement dans les pays de « Common Low », USA et Commonwealth compris, le lobby proaméricain continuera la pratique du discrédit des sportifs de pays non-alignés sur ses ambitions impérialistes. Pour des intérêts qui ne concernent en rien le sport.

Source : Katehon France

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