Législatives en Autriche : le jeune Sebastian Kurz futur chancelier?
Sebastian Kurz, un futur chancelier de 31 ans?

Législatives en Autriche : le jeune Sebastian Kurz futur chancelier?

Sebastian Kurz est encore beaucoup plus jeune qu’Emmanuel Macron, et a des chances sérieuses de devenir le prochain chancelier d’Autriche. Trois semaines après les élections législatives allemandes, les élections législatives autrichiennes auront lieu le 15 octobre 2017.

Un scrutin anticipé en raison des difficultés de la coalition

Celles-ci ont été anticipées de près d’un an. En effet, l’Assemblée est élue pour 5 ans et les dernières élections ont eu lieu en septembre 2013.

En cause : des difficultés au sein de la classique coalition entre sociaux-démocrates (SPÖ) et conservateurs (ÖVP). La coalition a été dirigée de 2008 à 2016 par le chancelier social-démocrate Werner Faymann, qui a vécu la crise migratoire de 2015 avec certaines difficultés.

Dans un premier temps, Faymann a mené une politique d’ouverture aux migrants alignée sur celle de la chancelière allemande Angela Merkel, et a très durement critiqué la politique hongroise de son voisin hongrois Viktor Orbán. L’Autriche a vu passer près d’un million de migrants sur son territoire, et en accueilli près de 80.000 (soit près de 1% de sa population, une proportion similaire à celle de l’Allemagne).

Puis l’Autriche a soudainement changé de politique vers février 2016, en décidant de cesser de remplir le rôle de passeur pour les flux de migrants en direction de l’Allemagne, et en rétablissant des contrôles aux frontières.

La crise migratoire a fortement marqué l’opinion publique autrichienne et affecté les très mauvais résultats des deux partis de gouvernement lors du premier tour de l’élection présidentielle du printemps 2016 (11% chacun), couplés à la très bonne performance du candidat du parti nationaliste FPÖ Norbert Hofer (35%) ont eu raison de Werner Faymann. Celui-ci a alors été remplacé par le social-démocrate Christian Kern (avec toujours la même coalition gouvernementale et la même assemblée).

La percée fulgurante du jeune Sebastian Kurz et le tassement du FPÖ

Ce n’est finalement qu’au terme d’une élection présidentielle à rebondissements (second tour annulé pour fraudes, décalé en octobre, et re-décalé en décembre) que la Présidence de la République autrichienne a échappé au candidat FPÖ Norbert Hofer.

Mais ce résultat restait malgré tout de très bonne augure pour les législatives à venir. Le scrutin législatif autrichien ayant lieu à la proportionnelle (une barre de 4% des suffrages est requise pour obtenir une représentation), il n’y a en effet que peu de chances qu’une seule formation politique obtienne une majorité absolue à l’Assemblée autrichienne. D’où la tradition de gouvernements de coalition (en principe, le parti arrivé en tête obtient la chancellerie).

Cette tradition de gouvernance n’exclut pas nécessairement d’office le FPÖ. En effet, le FPÖ (allié au Front National au Parlement Européen) participe déjà à la gouvernance de deux régions : le Burgenland (avec les sociaux-démocrates) et la Haute-Autriche (avec les conservateurs).

L’objectif affiché du chef de file du FPÖ Heinz-Christian Strache est donc d’arriver en tête au scrutin législatif pour être un partenaire incontournable de la future coalition gouvernementale et prétendre au poste de chancelier. Jusqu’au printemps 2017, les sondages laissaient largement entrevoir ce scénario.

Evolution des intentions de vote pour les législatives en Autriche

Evolution des intentions de vote pour les législatives en Autriche

Tout a toutefois été bouleversé par un jeune homme qui vient à peine d’avoir 31 ans : Sebastian Kurz. Celui-ci a connu une ascension politique fulgurante : membre du parti conservateur (ÖVP), il est nommé à 24 ans secrétaire d’État à l’intégration, devient député et surtout ministre des Affaires étrangères à seulement 27 ans (le plus jeune d’Europe).

Début 2016, Kurz fait partie de ceux qui prônent la fermeture des frontières aux flux de migrants, et affiche son soutien à la politique menée par Viktor Orbán. Cela a constitué pour Kurz un virage conservateur marqué, après des positions plus politiquement correctes par le passé.

Il prend la tête du parti conservateur en mai 2017, et provoque des élections législatives anticipées. Depuis qu’il a pris le leadership de son parti en perte de vitesse, celui-ci a rebondi au plus haut dans les sondages, passant de 22% à 32% dans les intentions de vote. Principalement au détriment du FPÖ, pris de vitesse sur ses thématiques.

L’enjeu pour le FPÖ : sauver la deuxième place

Pour le FPÖ, l’enjeu sera de faire mentir les sondages. Ceux-ci n’avaient pas prévu la percée de leur candidat Norbert Hofer lors du premier tour de l’élection présidentielle autrichienne : régulièrement crédité de 23% des intentions de vote, il avait finalement récolé 35,05% des suffrages exprimés.

Si toutefois les sondages pour l’élection législative ne se trompent pas d’autant, alors tout l’enjeu sera de rester devant les sociaux-démocrates afin de conserver une chance d’être un partenaire de coalition, même sans obtenir la chancellerie.

La tâche pourrait être rendue plus difficile par une scission du FPÖ et la présence de listes concurrentes du FLÖ (Freie Liste Österreich). À l’origine, cette scission était essentiellement concentrée à Salzburg autour de Karl Schnell, mais elle a récemment reçu le renfort d’une figure historique du FPÖ, Barbara Rosenkranz. Pour le moment, les listes du FLÖ ne sont toutefois créditées que de 1% des intentions de vote.

Pour les dernières semaines de la campagne, le FPÖ a lancé sa campagne en s’efforçant de rappeler qu’il a été le premier à appeler au contrôle et à la fermeture des frontières face aux flux de migrants, tandis que la coalition des conservateurs et des sociaux-démocrates avait maintenu les portes ouvertes. Le FPÖ s’efforce également de mettre le doigt sur ce qu’il estime être des revirements de ligne insincères de son concurrent conservateur. Cela sera-t-il suffisant pour limiter l’érosion face à la jeune et nouvelle figure de Sebastian Kurz?

Trois partis en lutte pour la quatrième place

Trois listes semblent également en passe d’obtenir une représentation parlementaire : les libéraux (NEOS), les Verts, et la « liste Pilz » (écologiste dissidente).

En cas d’absence de majorité absolue ÖVP-SPÖ ou de participation du FPÖ au gouvernement, il se pourrait que l’un de ces partis soit un partenaire venant renforcer une coalition gouvernementale.

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