Présidentielle et vote par correspondance en Autriche : vers une annulation de l’élection?

L’élection présidentielle autrichienne, dont le second tour a eu lieu le dimanche 22 mai 2016, a vu s’affronter dans un scrutin extrêmement serré le candidat national-populiste Norbert Hofer (FPÖ) au candidat écologiste indépendant Alexander Van der Bellen. Au final, Alexander Van der Bellen l’avait emporté d’un cheveu, avec 50.3% des suffrages exprimés, soit seulement 30.000 voix d’avance.

Second tour présidentielle autrichienne 2016

Le second tour de l’élection présidentielle autrichienne avait laissé paraître une fracture nette entre les grands centres urbains et le reste du pays

Cette victoire ne s’était dessinée que le lundi suivant l’élection, avec la prise en compte des votes par correspondance. Car sur les seuls votent exprimés dans les urnes le dimanche 22 mai, c’est le candidat Norbert Hofer qui arrivait en tête.

À la différence de la France où les personnes ne pouvant voter donnent procuration (à une personne qui va physiquement au bureau de vote pour voter à leur place), en Autriche les personnes qui le souhaitent ont la possibilité de voter par correspondance dans une lettre spécifiquement destinée à cet effet. Toutefois, des règles bien définies de dépouillement des votes par correspondance existent.

Des soupçons d’irrégularités ont rapidement été évoqués par des militants du FPÖ, qui avait lui appelé au calme pour pouvoir étudier les éléments avec sérénité. Le FPÖ a finalement introduit un recours.

La Cour Constitutionnelle autrichienne poursuit depuis lundi 20 juin ses auditions de membres des commissions électorales. 94 arrondissements sur 117 sont concernés.

La loi prévoit que les enveloppes du vote par correspondance ne soient ouvertes que le lundi à partir de 9 heures en présence des représentants des partis représentés au Parlement. Hors dans de nombreux arrondissements, les enveloppes ont été ouvertes, voire pré-triées et décomptées dès le dimanche par des fonctionnaires en l’absence des représentants des partis, donc sans contrôle indépendant.

D’éventuelles manipulations ont donc été possibles, même si toutefois aucune n’est avérée pour le moment.

Au regard de ces révélations devant la cour constitutionnelle, le ministre autrichien de l’intérieur Wolfgang Sobotka (ÖVP, chrétien-démocrate) s’est déclaré «extrêmement déçu» de ces «négligences» dont l’étendue massive est «insoutenable» et considère «plus que honteux que des juristes aient demandé des signatures en blanc» de la part des membres des commissions électorales.

Il apparaît donc de plus en plus probable que la Cour prononce l’annulation – au moins partielle – du deuxième tour de l’élection présidentielle autrichienne.

L’investiture officielle de M. Van Der Bellen doit intervenir le vendredi 8 juillet. Cela signifie donc que la Cour Constitutionnelle d’Autriche a jusqu’au 6 juillet pour se prononcer sur la validité ou non du scrutin présidentiel.

En cas d’annulation, un nouveau scrutin pourrait avoir lieu à l’automne. La présidence de la République serait alors vacante et sa fonction provisoirement assurée par les trois présidents (le Président et les deux vice-présidents) du Conseil national (équivalent autrichien de l’Assemblée Nationale française). Norbert Hofer est le deuxième vice-président du Conseil national.

Sources :  OE24     Die Presse

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