18 février : Schieweschlawe, fêtons le printemps

18 février : Schieweschlawe, fêtons le printemps

Un article de Richard von Steinbach

Si l’Alsace est réputée à raison pour son vin, ses cigognes et ses tartes flambées, il existe de nombreuses traditions plus mystérieuses qui confèrent une identité forte à cette région à la culture à la fois germanique et française. L’une des plus anciennes est le Schieweschlawe, aussi nommé Schiewackefier.

Une fête printanière d’origine païenne

Ce nom à la consonance typiquement alsacienne désigne une fête païenne se déroulant pendant la période d’Ostara (fête païenne célébrée autour de l’équinoxe de printemps). Elle est pratiquée dans plusieurs villages du nord de l’Alsace, mais également dans le sud de l’Allemagne et en Suisse alémanique (la partie germanophone de la Suisse). On peut tracer son origine au moins jusqu’au VIIIesiècle, sous le règne de Charlemagne, mais il est probable que cette tradition soit encore antérieure.

Le soir de la cérémonie, les villageois se rendent jusqu’au lieu du bûcher, armés de baguettes de bois souples, souvent en noisetier ou en châtaignier. Ils ont également avec eux des disques en bois (ou Schiewe, qui ont donné leur nom à cette fête), percés en leur milieu. Un disque est fixé sur le bâton, puis déposé dans les flammes, jusqu’à que ses bords plus fins s’enflamment. Alors les lanceurs se dirigent vers les tremplins, font tournoyer le bâton au-dessus de leur tête et le frappent contre l’un de ces tremplins. Le disque se sépare alors du bâton, et dans une gerbe d’étincelles part dans les airs, décrivant une courbe lumineuse magnifique avant de s’éteindre dans la vallée.

La trajectoire lumineuse décrite par le disque représente celle du Soleil, dont est fêté le retour avec l’arrivée du printemps. Dans le monde vu par nos ancêtres comme une opposition entre l’hiver hostile et l’été favorable, ces disques enflammés projetés dans la nuit chassaient le froid de l’hiver. Chaque lancer était accompagné de vœux de prospérité, et un disque envoyé haut et loin attirait à coup sûr les faveurs des dieux. De nos jours, les disques peuvent être dédiés à une personne chère, membres du village et de la famille, le lanceur consacrant pour terminer un disque à sa bien-aimée.

Une fête communautaire

Concrètement, son organisation commence plusieurs semaines, voire plusieurs mois avant la fête en elle-même. Les habitants du village et parfois même des villages alentours commencent à ramener quantité de bois mort afin de créer un bûcher gigantesque. Celui-ci sera situé dans une clairière proche du village, aussi appelée « Schiewebarri ».Si le bûcher n’est pas structuré comme ceux que nous pouvons construire lors du solstice d’été, il s’étend beaucoup plus en longueur et en largeur, ce qui crée un amas de bois impressionnant. De grandes pierres plates sont également disposées, de manière à former des tremplins, parfois remplacées dans certains cas par des planches en bois inclinées.

Tout un chacun peut s’essayer à cet exercice, les plus doués provoquant l’admiration de leurs pairs en envoyant avec force et dextérité le disque enflammé tomber plusieurs dizaines de mètres plus loin avec une trajectoire splendide. Durant une bonne partie de la nuit, les participants enchaînent donc les tentatives avec plus ou moins de succès.

Cet évènement local ne rassemble guère que des habitants du village et des alentours, familles et amis, qui ont souvent confectionné eux-mêmes leurs bâtons et disques ou demandé un coup de main au menuisier du village. Faisant perdurer une tradition remontant au culte solaire de la Gaule antique, il est un des symboles d’une Alsace ancrée dans ses terres, attachée à ses racines et à ses traditions locales, ne cédant pas aux sirènes du mondialisme incarnées par sa capitale locale, multiculturelle et bigarrée.

Où et quand participer à un Schieweschlawe

18 février 2018 à partir de 14h : Musée d’Art et Traditions Populaires (67340 Offwiller)
Pour allumer le bûcher, il est de tradition que les villageois d’Offwiller se rendent ensemble dans la forêt communale pour chercher les dix stères de bois nécessaires pour la fête des disques enflammés. Toute personne, jeune et moins jeune, est cordialement invitée à participer à ce ramassage pour que la tradition puisse perdurer le 3 février 2018 à 13h30.

18 février 2018 à partir de 16h : Rocher des Celtes (67650 Dieffenthal)
Lancer de disques enflammés et intronisation dans la Confrérie des Schieweschlaja.

7 avril à Zehnacker (67310)

Photos – Benjamin Dantzer

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