[Tribune Libre] Traverser la route pour trouver un travail, mais quel travail ? Plaidoyer pour une vision enracinée et passionnée du travail.
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[Tribune Libre] Traverser la route pour trouver un travail, mais quel travail ? Plaidoyer pour une vision enracinée et passionnée du travail.

Une tribune libre d’Arnaud Schmitt

Emmanuel Macron a défrayé la chronique une nouvelle fois, comme il sait très bien le faire. En proposant à un jeune chômeur de « traverser la rue pour trouver un emploi », il a exprimé de manière claire son rapport au monde de l’entreprise. Qu’importe que le jeune en question ait une formation d’horticulteur, comme il le signale au Président, ce dernier lui propose un emploi dans la restauration. En somme, seule la « valeur travail » compte, le métier n’a plus de sens. Vous êtes horticulteur ? Tentez votre chance en cuisine ! Vous êtes cuisinier ? Essayez la mécanique !

Une remise en cause fondamentale

Au-delà de la « petite phrase », il faut y voir une vision du monde en rupture avec ce qui existait jusqu’alors. Jusqu’à aujourd’hui, on choisissait ses études par goût, par plaisir, par passion. Désormais il ne faudra plus regarder que les débouchés, « l’emploi ». Le travail, certes, mais quel travail ? Peu importe, il faudra travailler. Autrefois la noblesse qu’on donnait à son métier y justifiait l’ardeur au travail. Le travail était ainsi valorisé, car il avait un sens profond. C’est tout le contraire aujourd’hui : un jeune horticulteur, peut-être passionné par les plantes et qui ne peut  sans doute pas trouver de sens dans la cuisine d’un restaurant près de la gare Montparnasse, est invité (obligé ?) à venir y travailler.

Nous travaillons plusieurs dizaines d’heures par semaine. Il est suicidaire de considérer cela sans poser la question du sens. Déjà des bataillons entiers de Français accourent chaque matin au bureau, pour une journée qui n’est égayée que par les frites à la cantine et la pause café entre collègues. Est-ce le monde que nous souhaitons ?

Pas d’idéalisme, mais des choix politiques

Est-ce utopique de vouloir un monde où chacun est à sa place ? Sans doute. Mais les choix politiques sont déterminants. En accentuant la pression sociale pour faire des études supérieures, les gouvernements successifs depuis des décennies ont envoyé des millions de jeunes gens vers des voies professionnelles qui ne leur correspondaient pas. En ouvrant les vannes de l’immigration et des travailleurs détachés, ces mêmes gouvernements ont alourdi le chômage et la concurrence sur le « marché de l’emploi ». D’ailleurs, un Alsacien qui veut faire les vendanges ou la cueillette des pommes sera sans aucun doute en concurrence avec des Polonais ou des Turcs. Les vendanges, autrefois moment déterminant de l’année en Alsace, moment de labeur et de joie communautaire, ne sont plus qu’un travail parmi d’autres, qui n’a plus de sens.

Pour tous, un travail qui n’a pas de sens et dans lequel une concurrence impitoyable prime, est-ce là la matrice d’une société souhaitable ? Les choix politiques à faire sont simples : redonnons le goût de l’excellence dans chaque corps de métier, valorisons l’apprentissage, fermons les vannes de l’immigration économique, remplaçons l’argent par le sens donné au travail comme principale motivation. Tout cela découle de choix qui pour l’instant sont contraires au bon sens. Des paysans du Larzac, à la fin des années 60, répondaient à des journalistes :

« -La vie était-elle plus dure autrefois ?

-Plus dure oui. Mais plus heureuse, pour sûr. »

A la vision mercantile et désincarnée de Macron, il nous faut opposer une vision enracinée et passionnée du travail. Le travail n’est déprimant que lorsqu’il manque de sens, et c’est exactement ce vers quoi notre société avance toujours plus. En clair, retrouver des « métiers » et délaisser les « emplois ».

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